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vendredi 29 avril 2016

Une histoire de "poulets"

« Tiens, v’là les poulets ! »

Ooooh ! un peu de respect, que diable !

Qui n’a jamais entendu parler des policiers en ce terme ?


Poulaga, poulard, perdreau…. Mais pourquoi tous ces noms d’oiseaux ?

La police, comme de nombreuses choses, personnes, métiers est, elle aussi, victime de l’argot parisien.

C’est Napoléon Bonaparte qui fonda la magistrature de la Préfecture de Police en 1800. Le policier fait suite au métier de guet royal (institué par Saint-Louis en 1254) qui avait comme fonction d’assurer la sécurité et la surveillance (mais uniquement de nuit) dans la ville. Le préfet de police, quant à lui, se voit attribuer les fonctions qu’occupait le prévôt de Paris.

Lors de la Commune, en 1871, le bâtiment de la Préfecture de Police est incendié.
Ils intègrent par la suite, sur l’Ile de la Cité, un bâtiment prêté par Jules Ferry. A cet emplacement, se tenait autrefois un marché aux volailles, ce qui leur valut ce sobriquet déviant vers le quolibet utilisé aujourd’hui !

Certains s’en amusent d’ailleurs, comme Loué, producteur fermier de poulets qui, à deux reprises, a utilisé la plaisanterie afin de mener cette fantastique campagne publicitaire : 

Souvenez-vous...


Il semble que ce soit le ministre de l’intérieur lui-même qui aurait confirmé cette origine.

jeudi 28 avril 2016

Quand Gérard de Nerval promène son homard

Nous avons tous plus ou moins conscience que l’être humain est capable du meilleur comme du pire… surtout en matière de folie. Malheureusement, tout un chacun peut potentiellement être victime de ses propres émotions, si intenses soient-elles, même les plus grands spécialistes de la question.

Je m’intéresse aujourd’hui à Gérard Labrunie plus connu sous le nom de Gérard de Nerval.
Ecrivain et poète, au cours de sa vie, dans les années 1830 il commence à évoluer dans le cercle de grands écrivains tels que Victor Hugo ou encore Alexandre Dumas ou d’artistes tel que le peintre Eugène Devéria.

C’est à cette époque qu’il décide de prendre « de Nerval » comme nom d’adoption ; nom d’un lieu-dit proche d’un champs cultivé par son grand-père.

Gérard de Nerval

Gérard fait partie du Sénacle, un groupe d’intellectuels de la Comédie Humaine (Honoré de Balzac) puis s’éloigne pour intégrer le Petit-Sénacle, groupuscule beaucoup moins sérieux que le Sénacle.

Cette déclinaison du groupement d’intellectuels attire vivement l’attention de la société… surtout des archers du guet qui finirons par arrêter Gérard parmi d’autres. Ses membres s’amusent, abusent de la boisson, chahutent….

Le 31 Octobre 1837, il aurait créé l’Opéra Comique Piquillo, pourtant, seul Dumas signe l’œuvre…
Le premier rôle est attribué à l’actrice Jenny Colon dont il tombe éperdument amoureux. Elle serait son idole, la femme parfaite… Malheureusement, c’est un amour à sens unique.
Depuis son décès, il ne cesse de la voir apparaître dans ses rêves, il se sent comme hanté par l’actrice, ce qui le déstabilise au plus haut point.

Le 23 Février 1841, il fait une première crise de folie durant laquelle il est soigné par Madame Marie de Sainte Colombe.

Il récidive le 21 Mars. Sa folie se manifeste de manière bien particulière. Chose forte intéressante, on retrouve sur les marches du Palais-Royal et au café Véry (tout proche du Palais-Royal), un Gérard de Nerval content de promener son animal. Au bout de la laisse…. Un homard ! 

Oui, imaginez (si vous le pouvez), un gaillard comme Gérard de Nerval parcourant fièrement les rues et les cafés de Paris avec le crustacé.

Lors de son achat dans une des boutiques du Palais-Royal, il s’était justifié de son choix avec aplomb : « J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer et n’aboient pas ».

Gérard de Nerval promenant son homard

Il fut conduit sur Montmartre dans la clinique du Docteur Blanche, spécialiste des maladies mentales.

On gardera toujours un doute sur sa manière d’adhérer ou non à la réalité. Sa vie tournera désormais autour d’une quête mêlée de mysticisme, symbolisme et ésotérisme le poussant à voyager un peu partout dans le monde.

Il meurt en plein Paris, pendu à des barreaux, dans la rue de la Vieille-Lanterne (suicide ? meurtre ? victime de sa folie ?).
Sa cérémonie funéraire s’est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Paris et repose au cimetière du Père-Lachaise (sa concession lui a été financée par Théophile Gautier et Arsène Houssaye).

mercredi 27 avril 2016

Les Orgues de Flandre - Paris

Le XIXème arrondissement est un « jeune » quartier, qui était encore très populaire il y a peu de temps.

Marqué par son histoire ouvrière, il a fallu loger un grand nombre de personnes. Il fait partie des arrondissements « sacrifiés », constitué de quelques grands ensembles dont les impressionnants Orgues de Flandre.

Composés de 4 tours : la tour Prélude, la tour Fugue, la tour Cantate et la tour Sonate, les orgues ont été construits entre 1970 et 1980.

La plus grande, la tour Prélude atteint une hauteur de 123 mètres avec, au total, 19 étages (imaginez la vue que vous pouvez avoir…), ce qui en fait le plus haut immeuble d’habitation de la capitale !

L’architecte, Martin Schulz Van Treck, a cherché à casser les codes architecturaux de l’époque.

Il désire y intégrer tout un tas de concepts encore peu utilisés à cette période. Pour ce faire, il façonne les bâtisses de manière à leur donner un effet de mouvance, de relation entre les tours, de plein et de vide.

Il casse l’image de la « cité » et créé 4 tours accolées, formant des fûts de différentes hauteurs qui lui valent le nom d’Orgues de Flandre (situés sur l’avenue de Flandre).

Les Orgues de Flandre dans "sa" station de métro la plus proche


Leurs façades sont dotées de généreux balcons, ce qui fait que la structure des bâtiments permet de nombreuses perspectives. En effet, quand on se promène avenue de Flandre, on peut profiter de ces façades peu communes. Disposées en encorbeillement, elles instaurent une ambiance protectrice et intimiste dès lors que l’on s’aventure à l’intérieur.

Car oui, Martin Schulz Van Treck s’intéresse également au parcours du promeneur. Il s’interroge sur l’aménagement d’un parcours qui se voudrait agréable.

Cet ensemble de logements sociaux (d’une surface de 6 hectares) avec, en son centre, l’îlot Riquet : 1 hectare d’espace vert protégé de la rue afin que les enfants puissent jouer, et les parents se promener, en toute tranquillité.

Depuis son cœur, le décalage constant des étages permet d’éviter cette sensation d’étouffement que l’on peut connaître ailleurs, au pied des gratte-ciels.

Dès leur construction, on pense à la vie en communauté. Des milliers de personnes, de familles vont vivre ici. On installe des équipements commerciaux, un centre sportif, des écoles des ateliers d’artisans et même une maison de retraite. Un marché couvert existait également à proximité, à la place de l’actuel Emmaüs.

mardi 26 avril 2016

Le dernier voyage de Félix Faure

Je souhaite vous parler d’un sujet plus léger, enfin, si l’on considère que la mort peut être légère bien sûr.

Ancien président de la République, son destin fut écourté par une drôle d’aventure.

Félix Faure eut une liaison, avec Marguerite Steinheil, qui lui fut fatale.


Une journée de Février 1899, il prend la décision de divorcer de sa femme Berthe dans le but d’épouser en seconde noce Marguerite (elle-même mariée). 
Il lui donne rendez-vous en fin d’après-midi. Un rendez-vous galant qui se transforme en drame.

L’entrevue se veut intime, pourtant, les gardes entendent des cris anormaux survenir de sa chambre et le retentissement de sa sonnette. Ils accourent. Ils retrouvent Félix allongé sur son divan, pantalon aux chevilles avec à ses côtés Marguerite qui se recoiffe et qui arrange sa tenue.


Félix Faure décède dans les bras de sa maîtresse d’une attaque cérébrale au Palais de l’Elysée.

Des gens « bien informés » répandent l’histoire, expliquant à tout Paris que le Président est mort à cause d’une fellation donnée par Marguerite Steinheil.

Sa réputation est née. Cette histoire lui vaut le quolibet de « Meg la Pompe Funèbre ».
Elle devient la salonnière et demi-mondaine la plus connue de l’Etat. Bénéficiant d’une notoriété plutôt « flatteuse », elle devient, par la suite, la maîtresse de beaucoup de personnalités de l’époque comme Aristide Briand ou encore le roi du Cambodge…

Rassurez-vous, elle n’est mêlée en rien aux décès de ses autres amants.

lundi 25 avril 2016

La rue du Poil au con, cet appel à la prostitution

A Paris comme ailleurs, il fut un temps où la capitale était encline à de drôles de mœurs beaucoup moins sages qu’aujourd’hui : libertinage, vol, rixes voire duels en pleine rue, émeutes, … la loi n’encadrait pas les choses aussi bien qu’aujourd’hui.

Il y a fort longtemps déjà, l’Eglise s’était chargée de faire retrouver le « chemin de la raison » aux donzelles et de les cacher sûrement en les enfermant dans des couvents…

Tout au long de l’Histoire, nombre de dirigeants ont tenté d’interdire la prostitution urbaine. 

Nous nous retrouvons aujourd’hui au XIIIème siècle, c’est la période du règne de Louis IX, le dirigeant qui a été le plus virulent avec ce commerce si spécial. Il tente de faire fermer les maisons de passe parisiennes (avec l’aide du Parlement) et d’expulser ces filles publiques hors de Paris.

Certaines prostituées sont connues comme les plus célèbres : Gila la Boiteuse, Marie la Noire, Florée du Bocage…. Il existe pas moins de « trente rues chaudes » selon les écrits de Guillot vers 1300.

Celle qui nous intéresse aujourd’hui est une des rues les mieux placées de la capitale : la rue du Poil-con (puis Poil au con), du moins, c’est comme cela qu’elle s’appelait à l’époque.

La racine de son appellation viendrait du mot « poiler » qui signifie au Moyen-Âge « peler ». Inutile de vous en expliquer le sens complet, vous aurez compris de quoi il retourne.

Rue du Pélican

Des prostituées avaient élu domicile dans cette petite rue qui permettait à la fois l’intimité et la tranquillité dont ne bénéficient pas les grandes artères. Les clients : commerçants, hommes de pouvoir, infidèles, … peuvent s’y aventurer pour leur bon plaisir sans trop de crainte d’être vus.

Sous la Révolution Française, afin de signifier à tout Paris que ces femmes sont expulsées, on la renomme la rue Purgée. 

Pour des raisons qui me sont inconnues, elle prit son nom, plus tard, de rue du Pélican… pourtant, qui aurait pensé croiser un pélican à Paris ?

... au cimetière du Père Lachaise

dimanche 24 avril 2016

Le troublant Allan Kardec

Lors d’une de mes expéditions au cimetière du Père Lachaise, mon attention s’est portée sur un étrange ballet autour d’une tombe, celle d’Hippolyte Léon Denizard Rivail plus connu sous le nom d’Allan Kardec.

Allan Kardec

En plus d’avoir été fascinée par le côté imposant de sa sépulture, j’ai été comme impressionnée par l’atmosphère du lieu et de l’inscription apposée :
« Naître, mourir, renaître encore et progresser sans cesse, telle est la Loi ».

Kardec se fit appeler ainsi car il croyait fermement qu’il avait eu des vies antérieures. Lors d’une séance d’évocation à l’aide d’un médium, un esprit, un certain Zéphir se serait manifesté à lui :
« Nous vivions tous deux ensembles il y a bien longtemps dans les Gaules. Nous étions amis, tu étais druide et t’appelais alors Allan Kardec... ».

Après avoir découvert la pratique des tables tournantes aux Etats-Unis en Mai 1855, il fut l’initiateur du spiritisme en Europe.

Il est convaincu qu’il est capable, par le biais de médiums, de rentrer en contact avec les esprits pendant des années et souhaite enseigner cette pratique à d’autres.

Il devient alors écrivain. Son premier ouvrage connu un franc succès : le « Livre des Esprits » paru en 1857 puis « Le livre des médiums » en 1861…. Au total, il en publiera 5 de son vivant (perpétuellement réédités).

Il fonde également la « Revue Spirite », magasine qui est encore publiée en plusieurs langues.

Revue Spirite

Il meurt d’un anévrisme en 1869, laissant nombre d’articles non terminés qui furent regroupés et publiés en un ouvrage sous le nom de « Les œuvres posthumes d’Allan Kardec ».

On peut voir l’influence de ce mouvement spirituel car aujourd’hui encore de nombreuses personnes viennent se recueillir, poser leurs mains sur l’une ou l’autre des épaules de son buste, derrière sa tête…

Certain de sa pratique, c’est lui-même qui aurait initié ce rituel en prononçant ces mots (légende ?) :
« Après ma mort, si vous passez me voir, posez la main sur la nuque de la statue qui surplombera ma tombe, puis faîtes un voeu. Si vous êtes exaucé, revenez avec des fleurs. »

Aux vues des visites, il semblerait que l’homme ait influencé le monde entier, notamment les Antilles mais surtout la population brésilienne qui semble lui accorder un temps précieux lors des séjours dans notre capitale. Il paraîtrait même que des célébrités telles que Victor Hugo ou Théophile Gautier aient pratiqué des séances de spiritisme croyant fermement y trouver des réponses que la science est incapable de fournir.

Néanmoins, afin d'éviter tout engouement, derrière sa tombe, on peut trouver ce message de la Mairie de Paris : 

Cliquer sur l'image pour agrandir

Lors de ma dernière visite, j’ai eu l’occasion de discuter avec un « habitué » du cimetière et un employé qui m’ont confié voir un homme revenir tous les jours. L’inconnu veille à la propreté de la sépulture et sur les fleurs déposées. C’est une des tombes les plus fleuries du cimetière.

Tombe fleurie d'Allan Kardec

Il semblerait aussi, qu’un homme (le même ?) vienne tous les jours se recueillir, restant longuement devant le lieu, se murant dans un silence parfois si intense qu’il n’accorde aucune attention aux passages : recueillement, prière, invocation ?

samedi 23 avril 2016

La trouble histoire de l'assasinat de Laëtitia Toureaux

Le 16 Mai 1937 à 18h27 est commis un assassinat à la station de métro Porte Dorée.

Les policiers  inspectant la scène du crime

Six personnes montent dans la voiture de 1ère classe où se trouve une jeune femme rousse, vêtue d’une robe verte et d’un chapeau blanc lui cachant le visage… personne ne semble remarquer que quelque chose s’est passé jusqu’à ce qu’elle s’effondre sur le sol au départ du train.

Parmi les voyageurs, un médecin qui se précipite pour s’occuper d’elle. Laëtitia, le corps gisant sur le sol a un couteau Laguiole planté dans sa gorge.

Récit de l'autopsie faite à Laëtitia

Pourtant, elle était seule dans la rame, personne n’en est descendu.

L’ennui c’est que la jeune femme est montée à Porte de Charenton, ancien terminus de la ligne 8 (une station avant celle où elle été retrouvée mourante).


Elle laissa échapper son dernier soupir dans l’ambulance la conduisant à l’Hôpital Saint Antoine.

On suppose que le meurtrier est descendu entre les deux stations alors que le train était encore en marche. Il réussit à prendre la fuite pendant… 25 ans !

 Pour quel mobile ?

On sait que Laëtitia était italienne, mariée à un français, jusqu’à son décès, pendant 4 ans et qu’elle travaillait à l’usine.
On la présentait comme une jeune femme discrète voire cachottière qui était serviable et considérée comme un modèle dans son travail.

Il semblerait qu’elle servait « d’infiltrée » auprès de ses collègues de travail pour ses supérieurs et aurait même été détective pour des inspecteurs.
Le doute persiste, elle entretenait toujours des relations très étroites avec l’Italie et avait deux amants soldats, basés sur des sites sensibles. Etait-elle une espionne servant les intérêts de son pays natal ?

Article relatant l'ambiguïté de Laëtitia Toureaux

En Novembre 1962, 25 ans après l’assassinat de Laëtitia, un homme se présente à la police pour confesser son crime. On ne peut que croire en sa parole, si riche en détails, qu’il est impossible de croire à un canular.

Sa jalousie agit sur lui comme un pousse-au-crime. La demoiselle l’aurait éconduit. Porté par son déchirement et sa passion pour la belle, il se serait laissé porter par ses sentiments jusqu’au meurtre.