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jeudi 9 février 2017

La violente explosion de la Rue de Tolbiac en 1915

Je vais m'intéresser à un arrondissement en particulier, celui du 13ème arrondissement (au Sud-Est de la Capitale).
Il faut savoir que cet arrondissement, avec quelques autres situés à l'Est, est l'un des derniers à garder la trace de son histoire ouvrière.

Son ancien Canal de la Bièvre (devenu un ru-égout souterrain) parcourrait les 5ème et 13ème arrondissements, facilitant ainsi le développement des activités artisanales.
C'est ainsi que le 13ème vit s'installer au fil du temps un bon nombre d'usines et d'ateliers le long de son cours notamment des tripiers, des chiffonniers, des matelassiers, des tanneurs et même des éleveurs de sangsue.

C'est d'ailleurs pour cette raison que la très célèbre Manufacture des Gobelins s'est implantée à cette place (c'est au XVème siècle que son histoire commence, c'était un atelier de teinture).

Canal de la Bièvre

La Bièvre, ancien bras se jetant dans la Seine, fut longtemps laissé à découvert. Il n'échappa nullement aux grands travaux d'assainissement du Baron Haussmann.

Ainsi, la partie de la Bièvre se situant dans la capitale, fut mise sous terre à partir de 1862.
En 1902, il ne restait que 540 mètres non couverts (de la rue Croulebarbe au boulevard Arago).
La dernière parcelle disparue de la surface en 1912.

Cet héritage ouvrier se retrouvait dans tout le 13ème arrondissement que l'on appelait le "faubourg souffrant".

Haussmann n'eut le temps d'achever son oeuvre, celle de transformer la ville entière. Ses travaux s'arrêtèrent à la place d'Italie, laissant le reste du 13ème en friches, ressemblant à un bidonville (d'ailleurs ce fut un mal pour un bien car la Butte aux Cailles ne serait pas celle que l'on connait aujourd'hui).

Dans ce contexte particulier, je nous emmène au beau milieu (ou presque) de la guerre 14-18.

En 1915 plus exactement. A cette époque les allemands ont gagné du terrain.

"Voici un train qui vient du Nord on aperçoit plusieurs familles qui épouvantées
par le raid Allemands viennent demander l'hospitalité"
Charles Lanciaux

A l'aube où Paris risque d'être occupée par l'ennemi. Les parisiens s'affolent.

La guerre est aux portes de la capitale, à environ 10 km de là.
L'horreur frappe tout près, il faut mobiliser les soldats, protéger la cité, défendre Paris.

450 000 soldats sont tombés au combat en à peine 4 mois...

L'Etat-Major, face à l'urgence, réclame plus de munitions dans le but de faire front.

Pour ce faire, nombre d'ateliers sont réquisitionnés.

La Grande Guerre transforme petit à petit le visage de Paris qui devient de plus en plus industriel (on compte pas moins de 1 000 établissements travaillant pour la défense de la patrie).

Durant cette période, Paris est encore peuplé d'ouvriers (sauf dans le Nord-Ouest où sont regroupés la bourgeoisie et les grandes fortunes parisiennes).

Dans le Sud-Est de Paris, on réquisitionne de nombreux ateliers pour en faire de véritables usines de guerre. La plus importante, l'usine de Louis Billant (l'inventeur de la grenade percutante).

(La fabrique devait être sur la droite)

Cet atelier de fortune fut transformé en fabrique de grenades pour les besoins de la guerre.
On y produisait plus de 30 000 grenades par jour malgré l'interdiction d'en produire autant. Mais c'était à la demande de l'Etat-Major...

Pourquoi ?

Le risque d'explosion est évident et Paris en avait déjà fait les frais... En 1794, une usine de poudrerie avait explosé à Grenelle... une explosion si violente qu'elle provoqua la mort de plus de 1 000 personnes.

La Préfecture de Police avait donc pris ses dispositions pour diminuer ce risque. Elle avait contraint les usines de fabrications d'armements et d'explosifs de limiter la quantité de produits finis au sein des usines qui devaient être impérativement transportés dans des boutiques éloignées des usines de production (les ateliers de conception étaient différents pour chaque étape de la fabrication).
Les magasins d'explosifs devaient, quant à eux, être éloignés des magasins de détonateurs... la quantité d'explosif était ainsi limitée.

Dans cet atelier situé au numéro 173 de la rue de Tolbiac, les grenades étaient récupérées deux fois par jour dans le but de laisser à l'usine "seulement" 5 000 grenades au maximum...

Nous sommes aujourd'hui le 20 Octobre 1915 à proximité de cette usine.

Il est un peu plus de 14 h quand le camion qui emmène les grenades arrive.
Les employés se précipitent, caisses dans les bras, pour les déposer à l'arrière du camion... jusqu'à cet employé qui échappe une caisse....

"Boum !"


Les pendules des maisons voisines s'arrêtent.

Il est 14 h 21.

La déflagration est impressionnante. C'est la panique.

Un quart d'heure plus tard, une nouvelle explosion mais à l'intérieur de l'atelier cette fois.

Tout explose.

Les employés (rappelons qu'à cette époque les enfants travaillaient) sont pris au piège dans la bâtisse en feu... abri de fortune fait de planches de bois.

(Gallica - BNF)

Les dégâts sont visibles dans un rayon de 500 mètres. Il ne reste rien de la construction avec la charpente métallique juste en face de l'usine. Les arbres sont déracinés. L'Eglise Saint-Anne est endommagée par l'explosion.

Eglise Sainte-Anne en 2016

C'est un véritable champs de bataille.

Les pompiers se précipitent pour porter secours à ces malheureux. Le bilan est lourd...

A 18 h, on comptabilise 43 morts et près de 97 blessés. L'identification des corps s'avère compliquée.

(Pompiers de Paris)



Il semblerait que ce jour là, l'usine contenait pas moins de 15 000 grenades.

(Gallica - BNF)

Cette explosion marqua la fin des usines d'armements dans Paris intra-muros mais malheureusement pas la fin d'accidents dont la cause sont les explosifs...

J'ai retrouvé un article paru le lendemain du tragique accident dans le plus vieux journal parisien encore édité. Vous serez sur la bonne page... au milieu, vous trouverez l'article titré "Terrible explosion". (Source Gallica - BNF)

Des obsèques ont été données quelques mois plus tard...

France 24 avait rédigé un article en 2015, 100 ans après l'explosion.

Le 173 rue de Tolbiac est plus discret aujourd'hui :



mercredi 25 janvier 2017

Midi sonne, il retenti au Jardin du Palais-Royal !

Certaines périodes sont plus ensoleillées que d'autres.
On sait que pendant longtemps, les populations ont vécues sans horloge.
Les journées étaient en fait rythmées... par le cycle solaire.

Les scientifiques comme les habitants prirent l'habitude de vivre au rythme du soleil qu'ils consultaient régulièrement grâce aux méridiens.
C'est en 1667 que des mathématiciens définirent un premier méridien à Paris. Celui-ci passait par l'Observatoire de Paris mais également par le 21 rue des Bons-Enfants, non loin du Palais-Royal.

On se servait de cadrans solaires afin d'obtenir l'heure exacte.
Je parle d'heure exacte mais je pourrais dire l'heure vraie car de 1550 à 1750, l'heure solaire était considérée comme la bonne heure.

Quand l'horlogerie a commencé à se développer dans notre société, ce système ne fut pas reconnu tout de suite. L'heure indiquée par l'horloge n'est pas exactement celle indiquée par le cadran solaire. On considérait que l'heure (de la montre) était la résultante d'un temps moyen, une sorte de minuterie réglée sur le principe de la régularité.

Face à ces réticences, il fallu trouver un compromis. Et c'est là où le soleil frappait fort, non loin de l'axe méridional, que la solution fut installée : dans le jardin du Palais-Royal.


Le Palais-Royal fut édifié en 1624 sous la commande du Cardinal Richelieu qui, à cette époque Secrétaire d'Etat du Roi Louis XIV, souhaitait se rapprocher du souverain qui logeait au Palais du Louvre.

Il fit construire l'ensemble qui se développa avec le temps et les directives de ses successeurs, jusqu'en 1780, années durant laquelle le Duc de Chartres en fit l'acquisition. Il entreprit la construction de galeries rendant l'espace avec ses boutiques sous galeries plus attrayant.

Le Palais-Royal était alors le lieu vers lequel se pressait le tout Paris, les badauds, les joueurs, les prostituées et les pickpockets...

Le lieu, en plus d'être à la mode était l'endroit idéal pour jouir du soleil et de son heure.


Le Duc de Chartres fit appel au Sieur Rousseau, un ingénieur et horloger qui détenait sa boutique dans la galerie du Beaujolais, pour obtenir l'heure exacte.

Le système des montres n'était pas encore totalement fiable, il fallait régulièrement les régler.
Sieur Rousseau inventa un système sur lequel les passants pourraient se fier.

Pour ce faire, il conçu un premier petit canon en bronze qu'il installa au coeur du jardin du Palais-Royal. Celui-ci était muni d'une petite chambre qui contenait de la poudre.
Lorsque le soleil serait à son zénith, celui-ci lancerait une détonation annonçant le midi pile.


En 1786, il modifia le système du canon. Il installa sur son canon une mèche dont l'extrémité serait placée sous une loupe.
Avec la réverbération du soleil et sous l'axe du plus haut point du soleil dans le ciel, la culasse chaufferait, mettant le feu à la mèche et actionnant le mécanisme.

Le canon sonnait midi pétante. C'est donc tout naturellement qu'au XVIIIème siècle les bonshommes se réunissaient tous les jours (au minimum de mai à octobre) afin de régler leur montre... midi sonne !


Le canon fonctionna jusqu'en 1914 et fut placé sous verre ensuite jusqu'en 1974 où, force est de constater, que la loupe a disparu et que le petit canon est en très mauvais état.

Il fut restauré grâce au Lions Club de Paris du Palais-Royal et replacé cette année là jusqu'en 1981 pour lui redonner vie lors d'une nouvelle restauration.

Il fut remis en service en Juillet 1990 sous la gouverne de Jack Lang (Ministre de la Culture à cette époque) et lui fit tonner le midi solaire tous les mercredis jusqu'en 1998 où le petit canon disparu durant une nuit d'Avril.

Sur son socle on pouvait lire : "Horas non numero nibi serenas" ("Je ne compte que les heures heureuses").


En 2002, on installa une réplique. Le petit canon est mis en marche de temps à autres, par un système de télécommande, lors des journées du patrimoine... et, je ne sais si l'information est toujours d'actualité mais, il paraîtrait même qu'il fonctionnerait tous les mercredis !

Une petite vidéo trouvée sur internet (je n'ai pas eu le temps de filmer le début alors j'espère que son auteur ne m'en voudra pas de vous la partager).

A vous de voir ;-)



(Voici l'article qui avait été établi par le Domaine du Palais Royal, vous y trouverez quelques photographies du canon avec tous ses éléments.)

mercredi 18 janvier 2017

Un détour dans un bar "mine de rien" : le Bar A la Tour a beaucoup de choses à nous raconter

Je ne vous raconte jamais comment je trouve mes sujets.

Parfois ils viennent de ma connaissance, une sorte de flash sorti du fin fond de ma mémoire, quelques fois ils surviennent après avoir conversé, regardé des documentaires, écouté des émissions....
Et d'autres fois, j'use également de chance.

C'est le cas pour ce lieu dont je vais vous parler.

Je pars me promener et je vous emmène avec moi, dans mon sac à dos, nous partons à l'aventure !

Bon, il fait froid en ce moment. Même en se couvrant correctement, je dois bien avouer qu'un petit chocolat chaud ne serait pas de refus.

Je recherche donc un café, mais pas n'importe lequel. Un petit endroit bien loin des grandes avenues, mais ça s'avère compliqué... je suis sur Rivoli !

Je décide de me diriger vers la Seine, je sais que des ruelles sont cachées par ici.
En m'éloignant de la foule, je peux profiter un peu plus du Paris intime, celui qui m'est si cher (et pour vous ?).

Au coin d'une rue, j'aperçois ce petit troquet... un bar comme je les aime : cosy et chaleureux.


Je m'installe au bar et prends le soin d'observer l'unique petite salle.


Je vois dans un coin une photographie. Visiblement je ne suis pas la seule à qui cet endroit à plu.


En me rapprochant, je vois marqué Atget, 1902. Je sais qu'Eugène Atget, grand photographe de la fin du 19ème et du début du siècle dernier, prenait souvent des clichés sur lesquels apparaissaient des lieux particuliers et chargés d'Histoire.

D'ailleurs à son époque, l'intérieur devait ressembler à quelque chose comme ça :


Je me retourne et vois une plaque au mur...


Hé bien ! Il semblerait que d'Artagnan avait pour habitude de se réfugier ici.

D'ailleurs, on ne peut parler de d'Artagnan sans évoquer ses mousquetaires.
Il faut savoir que les mousquetaires Athos, Porthos et Aramis, les personnages du roman d'Alexandre Dumas "Les trois mousquetaires", ont réellement existé à l'époque de Louis XIII.

En fait, Armand de Sillègue d'Athos d'Hauteville, Isaac de Porthau (ou Portau) et Henri Aramitz étaient trois soldats sous les ordres de leur capitaine Monsieur d'Artagnan. Ils avaient comme mission de veiller à la sécurité personnelle du Cardinal de Richelieu menacé de mort. Il avait, par ailleurs, fondé une caserne pour abriter ses mousquetons non loin de là (au 5-7 rue des Bons Enfants).

Je me tourne alors vers le tenancier du bar et lui demande de me conter son histoire avec les mousquetaires :

Le bar A la Tour fut acheté par la Comtesse Bonacieux. Celle-ci fréquentait Monsieur d'Artagnan qui ne manquait pas une occasion de lui rendre visite. Il était souvent accompagné des "mousquetons" dits les mousquetaires. Certainement que les 3 célèbres soldats fréquentaient aussi les lieux.

En tout cas, quand Alexandre Dumas, après avoir lu les mémoires de Monsieur d'Artagnan, cherchait à écrire son roman, il prit l'habitude de venir en ces lieux afin d'y puiser son inspiration. Il en écrivit une bonne partie avant de le publier en 1844.

Conquise par cette histoire et l'énergie qui se dégage du lieu, je furette sur internet depuis mon téléphone... quelle joie d'apprendre que ce bar est en fait un Monument Historique !
Plus précisément, se sont ses escaliers intérieurs, ses façades et ses toitures sur rue qui lui permettent d'être considéré comme tel depuis le 12 Avril 1974.

La bâtisse fut érigée au XVIIème siècle et conserve encore à l'heure actuelle son aspect extérieur d'origine, enfin presque.
Il semblerait que A la Tour n'ait pas toujours été son nom.Rajoutez "d'Argent" et vous comprenez que le prestigieux restaurant La Tour d'Argent n'ai pas toujours été la seule à s'appeler ainsi.

Le célèbre restaurant (celui sur l'autre Rive) aurait été fondé en 1582 par un certain Rourteau.

Et pourtant, notre bar A la Tour se serait également appelé A la Tour d'Argent.


Il aurait même été le premier à porter ce nom, et à deux reprises, avant que le restaurant de La Tour d'Argent ne décide de déposer l'exclusivité de son nom dans les années 50.

Si vous vous promenez dans le vieux Paris, n'hésitez pas à emprunter ses rues et à vous arrêter par ici, je suis sûre que vous en serez ravis aussi !

mercredi 4 janvier 2017

Ne demandez pas aux parisiens de se stopper, c'est inutile, ils ne connaissent plus.

La plupart du temps on entend dire que les parisiens conduisent mal...
On nous demande aussi souvent "Comment faites vous pour conduire, j'ai trop peur de conduire là-bas !" ou encore "Vous êtes dingues de prendre la voiture, vous roulez comme des fous !".

(C'est exactement ce que l'on entend aussi quand on explique que l'on ose s'aventurer sur les routes en vélo, en scooter, en moto,...)

Bon, il peut être effectivement difficile de s'y retrouver sur nos routes entre les feux, les feux de piétons, les piétons eux-mêmes qui traversent partout sauf sur les passages cloutés (je sais, j'exagère un peu), les panneaux de signalisation divers, sans compter les sens interdits et les publicités qui s'y rajoutent... c'est compliqué de circuler sans GPS quand on ne connait pas trop sa route.


Alors voici une petite piste pour se sentir un peu plus à l'aise : ici, il existe deux choses, les feux et les priorités à droite, y compris dans les rond-points !

Oui mesdames et messieurs, ce n'est pas autre chose.
Il existe certainement d'autres manières de nous arrêter comme les embouteillages, les accidents, les manifestations... Je pense également au fameux STOP.

Oui, vous souvenez-vous avoir déjà croisé ce panneau dans la capitale ?

En recherchant dans les archives de la Préfecture de Police, je suis tombée sur une revue spécialisée, Pprama. En feuilletant le fameux Pprama, j'ai trouvé ma réponse dans un article dédié à la sécurité routière à l'approche de l'été.

En page 148 (sur les archives de l'année 2012), il est expliqué que les panneaux "Stop" sont rares voire inexistants dans la capitale, à quelques exceptions près.

Il y a quelques années, Paris était la ville comptant le moins de "Stop" : un pauvre panneau isolé en bord de Seine dans le XVIème arrondissement.


Il servait à arrêter la circulation à la sortie d'une entreprise de matériaux de construction sur le quai Saint-Exupéry.


C'était le seul et son unique présence fut officialisée par le Préfet de Police en 2012. Il l'avait précisé dans une lettre publiée le 3 Octobre 2012 sur Pprama en page 214.

Cette histoire avait même "défrayé la chronique" dans les journaux parisiens, les nationaux mais également chez nos amis de Ouest France.

Depuis, le panneau a disparu. Nous pouvons donc dire que nous sommes maintenant instoppables (ou presque !).


Du coup, j'en viens à me demander si j'ai déjà croisé un "Cédez le passage"...

Existent-ils à Paris ?

samedi 24 décembre 2016

Paris, la Ville Lumière

Pourquoi Paris est-elle la Ville Lumière ?


A l’approche des fêtes de Noël et aux vues des illuminations partout dans la ville, j’ai bien envie de vous parler de Paris en tant que Ville Lumière.


Et c’est encore plus vrai en cette période de l’année.


J’illustrerai mon article avec les illuminations de cette fin d’année dans le but de vous faire voyager avec moi au cœur de Paris Noël…


Mais d’où vient cette idée de Ville Lumière ?


On peut aisément se questionner quand on a voyagé. A voir l’éclairage de certaines grandes villes mondiales comme Londres, New York City ou encore Tokyo, on peut se dire que Paris n’est pas si lumineuse qu’elle le prétend.

De plus, de récentes lois ont été votées pour respecter un peu plus l’écologie, ce qui induit une limitation de la consommation d’énergie. Ainsi, notre capitale a vu ses enseignes s’éteindre petit à petit, rendant les abords de nos rues plus sombres qu’à l’accoutumée. Les lumières se sont éteintes également sur certains de nos monuments. Ainsi un touriste venu il y a une dizaine d’années trouvera certainement Paris moins lumineuse.

Mais ce n’est pas un drame pour autant, Paris conserve sa réputation tout en prenant un peu plus soin de l’environnement, ce qui est pourrait marquer une évolution majeure.

Il paraitrait même que les majuscules sont obligatoires sur son qualificatif car Paris, Ville Lumière, est une ville unique !


(J’ai d’ailleurs une petite pensée pour la ville de Lyon, qui elle, est la Ville des Lumières)

Pour vous parler de notre capitale en ces termes, je dois vous réexpliquer succinctement l’histoire de la ville et la naissance de ses lumières.

Cependant, j’avais déjà traité son apparition avec mon article sur l’allumeur de réverbères donc je n’y reviendrais que succinctement.

Souvenez-vous, je vous expliquais que l’éclairage public fut décidé en 1318 sous le règne de Philippe V Le Long. Avant cette année, Paris comptait seulement deux éclairages !


Mais alors, comment en est-on arrivés à ce sobriquet ?

Il ne faudrait pas omettre que Paris était une jungle, un lieu bien dangereux à quiconque s’aventurait dans ses rues et ses ruelles ; surtout la nuit.

Le taux de criminalité était très élevé.

Quand on y pense, quoi de plus simple que de commettre des crimes à l’abri des regards ?

La nuit, sans éclairage, il n’y a personne pour pouvoir observer ce qu’il se passe dans les coins sombres. Les crimes les plus horribles se passaient bien souvent la nuit.


Ainsi, la décision la plus importante, celle qui changea l’histoire et la sécurité de la ville, fut prise en Mars 1667. C’est d’ailleurs la première hypothèse qui expliquerai l’origine de son appellation.
C’est grâce à Gabriel Nicolas de la Reynie, nommé lieutenant général de la police de Paris (le tout premier) par Colbert et Louis XIV. Il prit la décision de mettre en place un système d’éclairage public.

Passage Jouffroy
Photo de Julien De Heraldique Pictave

Il se chargea d’implanter des lanternes et des flambeaux à chaque coin de rue et demanda aux parisiens de disposer sur le rebord de leur fenêtre une bougie ou une lampe à huile qu’ils étaient chargés d’allumer à la nuit tombante.

Ainsi, les rues entières étaient éclairées.


La Ville Lumière serait alors née suite à cette initiative.

On pourrait également expliquer ce sobriquet par l’intervention de Philippe Lebon qui inventa l’éclairage au gaz. Malgré que cette histoire moins poétique que la première soit discutée, je me dois tout de même de la partager étant donné que beaucoup continuent de supputer de son origine via cet évènement.

Dès 1820, ce nouveau système d’éclairage rencontra un tel succès qu’en à peine 10 ans, Paris est éclairé grâce à ce nouveau système. On dit que Paris est magnifique, surtout la nuit. On dit qu’aux abords des commerces, dans les galeries et les passages, Paris scintille…

Les Londoniens, nombreux à venir visiter la capitale, la surnommèrent alors « City of Lights » que l’on a traduit par la Ville Lumière.


Je partirai bien dans l'hypothèse que Paris a eu un rayonnement tel au XVIIIè siècle avec ses Lumières, qu'il serait injuste de les oublier... Je prendrai la liberté de croire que l'on peut toujours avoir une petite pensée pour les grands penseurs de l'époque qui ont fait la Révolution de notre pays, mais ça, ce n'est qu'un avis d'une amoureuse de l'Histoire et de notre belle Capitale.

Sur ce, je vous souhaite de très bonnes fêtes.



Et comme il est dit, Paris restera toujours Paris !

mercredi 14 décembre 2016

Une maison bien cachée, la Maison aux Cornues

Promenons-nous vers Montparnasse ou devrais-je dire, sur le Mont de Parnasse.


Ici, existait une ancienne butte. Elle fut renommée par des étudiants qui venaient y déclamer des vers.
Ils appelèrent ce petit monticule ainsi en référence au Mont Parnasse (la résidence des muses dans l'histoire de la Mythologie Grecque).

A part les dénivellations que vous pouvez ressentir en faisant du vélib' dans Paris, vous ne pourrez plus vraiment vous rendre compte de ce qu'était ce mont. La butte fut aplanie durant le XVIIIème siècle.

Et ça tombe plutôt bien. Imaginez-vous justement le quartier à cette époque...

Ici, se trouvaient de vastes propriétés toutes dotées de beaux et grands jardins à la française. Dans le paysage, quelques maisons de campagnes et des maisons plus modestes.

Ici, pas de route mais des chemins sinueux et boueux. Après tout, c'était la campagne sur le Mont de Parnasse.

Les propriétés ont toutes été détruites, remplacées depuis par des immeubles souvent Haussmanniens.
Elles disparurent avec le développement constant de la capitale repoussant sa campagne toujours plus loin jusqu'à disparaître, confondant la distance entre Paris et les villages alentours (les anciens villages et la banlieue).

Je vous ai dit que les maisons avaient toutes été remplacées... Je suppose qu'il doit en rester quelques unes encore datant de cette époque. Il y en a une d'ailleurs, cachée entre deux boutiques sur le boulevard de Montparnasse.


Ici, une grille ouvrant sur un petit passage qui permet d'accéder à une demeure datant de cette période.



Le numéro 25 en est une rescapée.


On l'appelle la Maison aux Cornues.

Elle se trouvait dans un parc dont le lourd portail menait à l'ancien village de Vaugirard, par l'actuelle avenue de Vaugirard. Enfin l'avenue, voici un lapsus, c'est la rue de Vaugirard mais cette rue est tellement longue... c'est la plus longue de Paris (4,36 km).


Cette demeure fut édifiée en 1712 par Mathurin Chouanne. Un an après sa construction, c'est une certaine Catherine Bonot qui en devint la propriétaire. Ayant un francs succès, les propriétaires se succèdent : le Comte de Béthune, le Prince de Condé et Philippe de Vendôme.

Ce dernier, prieur de l'Ordre de Malte reconnu comme étant un grand libertin en son temps, s'adonnait dans cette maison à des rituels peu communs. Il tenait en ces espaces, des réunions intellectuelles ou coquines avec les grands de l'Ordre du Temple (il vivait principalement dans son hôtel particulier rue de Varenne).

A sa mort en 1727, les notaires, chargés de "débarrasser" les lieux, découvrirent une salle dédiée spécialement à ses activités d'Alchimiste. On y trouva des filtres, des fioles et des cornues (d'où le surnom de la Maison aux Cornues).
Ses expériences étaient sans doute en lien avec sa recherche de la mythique pierre philosophale.

Il est compliqué de trouver qui occupa les lieux jusqu'en 1889.


A partir de cette époque, c'est la demeure familiale du peintre et graveur Paul-Elie Ranson.
A l'étage, il installa un atelier où il recevait régulièrement la visite de ses compères les Nabis (vous savez ces peintres post-impressionnistes, un des mouvements en marge des normes académiques imposées à l'époque).
Parmi eux : Paul Sérusier, Pierre Bonnard , Maurice DenisÉdouard Vuillard, Henri-Gabriel Ibels, Félix Vallotton ...

La maison se fit appeler le Temple à partir de cette époque...




mercredi 7 décembre 2016

L'avenue Frochot, cette voie à laisser dans "sa" tranquilité

Quand on se promène dans les rues de Paris, le plus fabuleux se cache souvent derrière les portes.
Face à un bâtiment d'apparence vétuste, une grosse porte ancienne perdant sa peinture, on pense souvent à tord qu'on ne peut retirer aucune bonne expérience à s'y aventurer.
Et bien, on a le droit de se tromper... mais on a aussi le droit de pousser la porte.

Des trésors de petits jardinets ont souvent été aménagés dans des cours intérieures dont la présence nous échappe la plupart du temps.

C'est le cas de cette grosse grille verte...

Evidemment, afin de respecter la tranquillité des lieux déjà bien perturbés, je vous invite à faire le tour pour pouvoir apercevoir, depuis une autre grille, un lieu chargé d'histoire.


Ici, une voie privée.
A l'entrée, un concierge tenu de garder le lieu loin des indiscrets : l'avenue Frochot.

Contrairement à son nom, on pourrait plutôt parler de cité, ou, comme on aime à le dire, la Villa Frochot.
Une villa est une ruelle, une impasse bordée de maisons (ce que l'on appelle également hameau ou quartier privé).

Cette voie fut ouverte en 1830.

Elle porte le nom de Nicolas Frochot, préfet de Seine chargé de l'achat de terrains hors du Paris de l'époque sous la gouvernance de Napoléon 1er (il acheta des terrains pour les aménager en cimetières).

Les maisons aux numéros 1,2 et 3 dateraient du percement de l'avenue.
Les styles architecturaux sont variés. On passe du style néo-gothique au style colonial en passant par du baroque, du flamant ou encore de l'Art Nouveau.

Aujourd'hui habitée par de richissimes personnalités (acteurs, peintres,...), cette villa n'est accessible que sur invitation.

Mais nombre d'artiste y ont séjourné, habité, travaillé.

Au numéro 3, la cantatrice Régine Crespin y habita jusqu'à son décès en 2007.
Le numéro 4 aurait été habité par une salonnière du nom d'Apollonie Sabatier. Elle recevait régulièrement de la visite...
Le numéro 5 aurait vu séjourner Victor Hugo (incontestablement l'un des plus remarquables écrivains) en 1870 à son retour d'exil dans la maison appartenant à Paul Meurice romancier et dramaturge).
Au numéro 6, Henri Guinier (peintre) avait aménagé son atelier et Django Rheinhardt (guitariste, jazzman) y habitait et brûlait ses meubles en hiver pour se réchauffer.
Au numéro 7 demeurait Charles Lamoureux (violoniste et chef-d'orchestre). Le père d'Alexandre-Dumas y aurait également habité.
Au numéro 8 se trouvait la maison d'Eugène Brieux (auteur dramatique et journaliste).
Au numéro 13, Paul Merwart (peintre) avait installé son atelier.


Au numéro 15, le grand Toulouse-Lautrec (peintre) y demeurait en plus d'avoir aménagé un coin atelier... son atelier de nu.
Il semblerait qu'au numéro 16, Patrick Hernandez (auteur, compositeur et interprète) y ait écrit sa célèbre chanson "Born to be alive" en 1974-1975.
Au numéro 26 Théodore Chassériau (peintre) avait installé son atelier.

On dit également que Jules Dupré (peintre) eut son atelier en 1839 dans l'Avenue Frochot (attention, j'ai aussi lu qu'il habitait dans une rue derrière, la rue Bréda aujourd'hui la rue Henry-Monnier) ainsi que Jeanne Samary (actrice) qui servait souvent de modèle à son voisin Pierre-Auguste Renoir (peintre) qui logeait non loin de là, au 7 avenue Frochot, avec ses 3 fils.

La Rêverie - Auguste Renoir
(portrait de Jeanne Samary)

On sait que Paris est chargé d'histoires et le Manoir de Paris ne détient pas le monopole de l'horreur.

Cette avenue si tranquille a déjà fait parler d'elle dans la littérature.

Il est aisé de se souvenir des histoires de Fantômas. L'un de ses premiers méfaits connus a été réalisé dans la cité Frochot (lorsque le commissaire Juve et le journaliste Fandor s'installèrent discrètement chez le Docteur Chaleck, cité Frochot, en poste d'observation suite à l'assassinat sauvage d'une voisine).

Voici d'ailleurs une vidéo réalisée en 1913, perle du cinéma muet retraçant les histoires de Juve contre Fantômas.



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Dans les faits, il y a une maison qui a fait beaucoup parler d'elle.

L'hôtel particulier, au numéro 1, de style néo-gothique, probablement construit à l'ouverture de la voie (certains parlent même de 1823). Elle détient un petit jardinet et, comme toutes les maisons de l'avenue, une grille à l'entrée (en plus de celle à l'entrée de l'avenue).

Cette maison a une histoire et une étiquette particulière. Il paraîtrait qu'elle est hantée.

Son histoire est bien triste. Elle commence avec Victor Massé, compositeur.
A l'époque, il acquiert la maison. Atteint de la maladie de Charcot, il resta paralysé un long moment au lit avant d'y décéder en 1884.

Le directeur des Folies Bergères acquis alors la maison.
A sa mort, c'est sa femme de ménage qui hérita du numéro 1.
Quelques temps plus tard, elle fut sauvagement assassinée dans les escaliers de cette maison à coups de tisonnier. Le meurtrier ne fut jamais retrouvé (je cherche encore les archives de presse...).

Suite à cette horrible tragédie, la maison fut laissée à l'abandon pendant près de 30 ans jusqu'à ce que Sylvie Vartan décide d'acheter l'hôtel particulier à la fin des années 1970, mais n'y habita jamais vraiment. L'histoire dit qu'elle s'est enfuit de la maison en courant...

On raconte que des cris retentissent dans la maison à la nuit tombée.
Certains disent que le meurtrier n'ayant jamais été retrouvé, l'âme de la femme errerait encore dans la maison et que celle-ci crierait chaque nuit.

Suite à cette affaire, c'est Matthieu Galey, critique de théâtre, qui se risqua en 1978 à posséder ce bien qui, soit disant, porterait malheur...
Dans son journal il aurait noté qu'en achetant la maison Frochot il "Aurait l'impression de m'endetter pour acheter mon tombeau gothique"...

Visionnaire ? Superstitieux ?

Quoiqu'il en soit, après quelques années d'occupation, il tomba malade et mourut... de la maladie de Charcot (tout comme Victor Massé).

Certains y voient un étrange lien, la maison serait maléfique.

Deux vieilles soeurs y auraient habité et auraient été assassinées au gourdin !

Il semblerait aussi que Patrick de Brou de Laurière ait été conquis par la maison. Il était, aux dires de certains, adepte de magie et aurait fait exorciser sa maison par un ami curé.

A son décès, la maison fut rachetée. Les nouveaux propriétaires disent ne jamais avoir assisté à de tels phénomènes.


Pour le bien de ses habitants, merci de rester à l'extérieur :-)