Je vous présente le Moine bourru (qui n'avait pas vraiment cet air là). Selon certains, on
pourrait le définir comme un fantôme qui se doit d’être craint par tout à
chacun. En effet, chaque habitant prendrait le risque de se retrouver maltraité
par cette âme en peine, errante dans les rues parisiennes. Certains disent même
qu’il n’apparaitrait qu’entre la Toussaint et Noël.
Il portait son nom pour la représentation que l’on s’en
faisait : un moine habillé d’une bourre ou buré (étoffe grossière de laine brune, lourde, rêche et robuste).
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Tenue du moine bourru |
Il était également connu sous le nom de Moine gris car il se
déplaçait principalement la nuit en vociférant des paroles se faisant identifier
comme un des « apôtres » du diable. Lors de ses balades nocturnes, il
poussait des hurlements déchirants et menaçants.
Il cognait, paraît-il, aux portes des maisons jusqu’à ce qu’une
pauvre âme, naïve ou non informée, lui ouvre les portes de son foyer. Il
sévissait alors…
Afin de me faire comprendre, je vais me baser sur certains
textes de la littérature classique française qui font intervenir le Moine bourru.
On retrouve sa trace, par exemple, dans Le
Pédant Joué de Savinien de Cyrano de Bergerac :
« Je délie le moine bourru aux Avents de Noël, lui
commande de rouler comme un tonneau, ou traîner à minuit les chaînes dans les
rues, afin de tordre le cou à ceux qui mettront la tête aux fenêtres. »
Il apparaît dans nombre d’œuvres dont celle de Dom Juan de Molière ou encore dans le
célèbre roman Notre-Dame de Paris de
Victor Hugo.
Même le « Petit-Mozart des Champs-Elysées »
(Jacques Offenbach, compositeur et violoncelliste français d’origine allemande)
s’en est inspiré directement dans la création de son opérette Le moine bourru ou les deux potrons.
Ou encore Schumann avec Le moine bourru que l'on peut écouter avec la vidéo suivante (vous comprendrez pourquoi cette mélodie est si triste) :
Schumann - Le moine bourru interprété par Knecht Reprecht
La légende évoluant, le temps participa à modifier un peu
son image jusqu’à faire de lui une sorte de lutin se jouant des habitants qui
leur prépare des tours de passe-passe.
Il prit également le nom de Tasteur. On le disait « à l’aise »
avec les gentes dames… D’après Malherbe, le moine avait le bout de ses doigts
en forme d’argots de fer avec lesquels « il fouilloit les femmes ».
La rumeur précisait qu’il existait un Tasteur par quartier… de quoi effrayer
les enfants et les femmes.
Certaines versions sont bien différentes.
L’une d’entre elles le porte au rang de chef d’une tribu de
fantômes. On disait du moine bourru qu’il était débauché et qu’il se serait
noyé dans la Grange-Batelière (un cours qui s’écoulait encore à l’époque en
surface avant d’être lui aussi transformé en égout).
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Cours de la Grange-Batelière |
Le moine se tenait le long
de la rivière pour faire bénéficier de l’eau potable aux Lutéciens. Condamné
par son excès de bonté, il serait amené à vider toute l’eau de la rivière jusqu’à
l’assécher. Afin d’éviter cette catastrophe, il aurait passé un accord avec le
diable l’obligeant à lui sacrifier quelques âmes chrétiennes avant que l’aube
ne vienne. Pour ce faire, il se promènerait avec son groupe de fantômes pour
commettre leurs crimes…
De cette légende est né un dicton parisien :
« Moine bourru dont on se moque, à Paris l’effroi des
enfants, esprits bourbeux, je vous invoque ».
J’hésite à vous le dire… mais, une légende se doit d’être
expliquée et j’avoue avoir été touchée par son histoire.
Il semblerait que cette légende ait pris ses origines dans
la ville de Marcigny (en Saône et Loire) pour gagner peu à peu la capitale.
Il s’agirait en fait du père Fouessard (équivalent du père
Fouettard ?), un moine des Récollets qui était droit et généreux (le
premier Récollet de Paris date de 1603). Il avait la malchance d’être malformé,
ce qui en faisait la risée des enfants à l’imagination débordante et apeurés à
la vue de cet homme d’Eglise pas comme les autres ainsi qu’auprès des personnes
malintentionnées.
Afin de ne pas être plus exposé aux nombreuses brimades, le
moine sortait à la tombée de la nuit. Il était toujours en compagnie d’animaux
à qui il s’adressait. On dit même qu’il caressait les poissons !
Ses frères et l’abbé y voyaient diablerie.
C’est une version de l’histoire qui pourrait permettre d’éclairer
la naissance de cette légende qui parait tirer ses origines d’une bien triste
histoire.
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